Mesure du bien-être : progresser dans l’échange

icono-girlwritingD’après l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), plus les élèves se sentent chez eux à l’école, plus ils apprennent bien. En France, un élève qui se sent bien à l’école obtient l’équivalent d’une demi année d’apprentissage d’avance sur l’élève qui déclare de sentir mal à l’école, explique Noémie Le Donné, analyste à l’OCDE[1].

En France, les approches chiffrées de l’OCDE exaspèrent plus d’un enseignant. Comment, en effet, faire des liens aussi rapides entre sentiment d’appartenance et réussite éducative ? Ces données chiffrées ne sont-elles pas des mesure de performance économique déguisées ? Des instruments au service d’une forme de normalisation prédicative décidée d’en haut ?

Bien sûr, la mesure du bien-être au sein d’un établissement scolaire peut prendre cette tournure, mais ce serait au détriment du plus important, c’est à dire la mise en oeuvre d’une démarche ouverte sur le lien social, le dialogue, la compréhension mutuelle au service de tous.

La force de l’échange

Le vrai génie réside dans l’aptitude à évaluer l’incertain, le hasardeux, les informations conflictuelles, disait Winston Churchill. Le vrai génie repose sur l’intuition partagée, l’échange, pour toujours inventer ensemble de nouvelles formes de lien social.

Le bien-être serait donc pertinent pour accompagner les élèves dans la réussite scolaire, mais pas seulement. La démarche de mesure du bien-être permet en effet d’initier une discussion, un dialogue autour des questions de pénibilité, d’émotions positives, de sentiments, au sein de l’établissement scolaire.

Cette discussion permet aux élèves comme aux enseignants de mieux se connaître, de découvrir les uns et les autres sous un jour nouveau. Un lycéen raconte : « Je ne pensais pas qu’autant d’enseignants seraient volontaires pour échanger avec nous sur le thème du bien être. Je croyais qu’ils venaient donner leurs cours et qu’ils rentraient vite chez eux. Mais en fait, à la première réunion, j’ai compris que pour eux, le fait qu’on se sente bien, c’est important. A cette première réunion, tous les élèves ont chaleureusement remercié les enseignants. »

Un enseignant témoigne : « Je ne pensais que les jeunes de mon lycée appréciaient autant leur lycée. Cela m’a touché, d’autant plus qu’ils ont insisté sur la qualité de la relation qu’ils ont avec nous ! »

Un nouveau lien social 

En abordant des thèmes tels que la relation aux temps, la convivialité, la qualité des échanges, la justice, les élèves et les enseignants voient très vite leur regard sur l’autre évoluer.

La démarche en elle-même constitue un pas en avant riche et précieux. La qualité des échanges confirme ce pas en avant, permet à l’établissement de confirmer ou de développer de nouvelles représentations de l’autre : tel élève qu’on croyait timide, qui se révèle altruiste et engagé, tel élève un peu « kaïd » qui quitte son rôle difficile pour mobiliser ses amis dans une dynamique de développement du bien être, tel enseignant un peu fermé qui s’ouvre dans le dialogue en dehors de la matière qu’il enseigne.

« Je n’aurais jamais cru que Madame Gérard s’intéresserait autant à moi. » raconte Elsa, 15 ans. « Du coup, j’ai aussi commencé à m’intéresser à elle ! J’ai réalisé que malgré son côté très strict et très cultivé, c’était une femme très humaine. »

« Depuis qu’on travaille sur le bien-être au collège, je trouve que Monsieur Lallemand est très différent. Il est plus souriant, plus ouvert, comme si quelque chose avait changé. » ajoute Kévin.

La réciproque est vraie ! « Elsa ne s’intéressait à rien. Depuis qu’on échange sur le bien être, elle ose me dire quand elle ne comprend pas ce que j’explique en cours de maths. Je peux lui expliquer différemment les cours et elle comprend. » affirme Madame Gérard.

Quand à Monsieur Lallemand, il se félicite : « Au départ, je ne croyais pas du tout au projet. Puis j’ai accepté de jouer le jeu, pour voir. Les changements de comportements de certains de mes élèves sont impressionnants. C’est comme si nous avions ouvert une porte vers plus de coopération et de compréhension. »

 

[1] Conférence du 17 janvier 2015 dans le cadre des Premiers Ateliers du Bonheur à l’école organisé par la Fabrique Spinoza.